  -CHRONIQUES- Posté le Lundi 05 janvier 2009 à 19:28
GUINEE
: BREFS COMMENTAIRES A RELIER AU TEXTE DU MESSAGE DU NOUVEL AN DU CHEF DE
L'ETAT, LE CAPITAINE PRESIDENT MOUSSA DADIS CAMARA.
La
réalité de la nouvelle situation politique guinéenne est là quelles que soient
les condamnations extérieures, somme toute de principe. Dans un article du 29
décembre 2008: "Est-ce l'annonce du bout du tunnel?" l'une de mes conclusions,
était de prendre en compte cette donnée. Je n'étais, du reste pas pas le seul
dans cette position, voir les 39 Lettres à la jeunesse en uniforme de mon ami
Mamadou Billo Sy Savané qui a le plus analysé ces aspects de la question de
notre pays. Dans l'article rappelé, je disais que la Guinée n'étant pas un Etat
de droit (Constitution et lois foulées aux pieds, Assemblée Nationale en place
malgré sa législature terminée depuis plus d'un an et qui se complaisait dans
cette illégalité etc), la succession immédiate, compte tenu de la lenteur
d'organisation d'élections crédibles, ne pouvait sortir que d'un coup d'Etat
militaire. Or, l'Armée guinéenne, seul corps social organisé du pays, ayant
des moyens d'action, était profondément divisée. Pour mémoire, qu'on se
souvienne que lors des manifestations du cinquantenaire, les seules
démonstrations ayant retenu l'attention de visiteurs étrangers, étaient le
défilé militaire. Ceci n'était pas sans arrière-pensée : démontrer à la
population et à l'opposition politique que des élections étaient le dernier des
soucis de Lansana Conté pour sa succession. Des jeunes officiers ouverts à
l'évolution du pays et des vieux officiers blanchis sous le harnais et attachés
au Général Conté, lesquels avaient sa préférence? Seuls les intéressés peuvent
répondre. Toujours est-il que ce sont les jeunes officiers qui ont pris le
pouvoir dès son décès par leur détermination et leur rapidité. Et il me semble
que c'était là la solution du moindre mal. Les vieux Généraux et les semblants
d'institutions de l'Etat-Conté en place après lui auraient sans aucun doute
reconduit cet Etat. C'est pourquoi le bon sens commande de ne tomber ni dans
l'enthousiasme irraisonné pour le coup d'Etat, ni se livrer à des condamnations
d'arrière-garde. N'étant pas pour la plupart des observateurs des acteurs de
terrain, une vigilance sur l'évolution des choses me semble préférable à des
critiques systématiques ou à des attitudes de flagorneries habituelles.
Si je relie ces
commentaires au message du Chef de l'Etat, c'est qu'il s'en dégage une
impression de rupture avec le système de gouvernance qui vient d'être renversé.
J'ai bien dit une impression de rupture. Nous, peuple guinéen, sommes à
présent des habitués de la bonne annonce. Le temps de l'Histoire s'accélère à
présent pour tous les peuples. Unissons-nous encore comme en septembre 1958 pour
voir où nous allons. Restons les yeux ouverts. Restons les oreilles ouvertes.
Restons la bouche ouverte. Mais demeurons réalistes. Les tâches qui attendent le
Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD) et le
Gouvernement sont nombreuses et énormes. Il ne faudra pas s'attendre à voir
aussitôt résolus tous les problèmes qui taraudent quotidiennement les Guinéens.
Ces problèmes se sont accumulés pendant des années et il faudra des années pour
en venir à bout. Présenter des élections pour décembre 2010,me semble
raisonnable car précipiter les choses dans l'improvisation comme on l'a toujours
fait en Guinée serait aller vers des échecs cuisants. Organiser des élections
dans l'état actuel de la Guinée serait laisser le champ libre à ceux qui
disposent des moyens de corruptions des électeurs , c'est-à-dire ceux qui ont
pillé l'Etat pendant des années. Certes des mesures doivent être, entre-temps
prises pour que tous ceux qui auront été au pouvoir pendant la période
transitoire ne soient pas candidats en 2010.
Quand je dis que le
message du Nouvel An du Chef de l'Etat ressemble à une rupture, cela se
constate à propos de chaque thème traité : les différents scandales qui
caractérisent la Guinée. De grenier à grains de l'Afrique de l'Ouest francophone
des années 1950-58, le pays est devenu importateur de céréales pour se nourrir
depuis 1970. Scandale du favoritisme et du népotisme au détriment de la
compétence. Le désir exprimé de s'attaquer aux grands chantiers de la Nation
:économie, éducation-formation-emploi, justice, libéralisation des moyens
d'information pour plus de transparence et de bonne gouvernance etc, sont
quelques axes entrevus.
Cependant, face aux
intentions louables du message de Moussa Dadis Camara, des rumeurs qui courent
sur des comportements, sèment le doute. Même une adresse aussi claire que celle
dont il est question ici, est happée dans un grand brouhaha virtuel où la
surenchère de l'information a vite fait d'ébranler les points de repère et
ouvert un terrain formidable au foisonnement des rumeurs. Et on sait que
celles-ci s'épanouissent sur les attentes favorites de chacun. Ceci pour
demander au Président Moussa Dadis Camara quelles significations et quelles
orientations il donne aux rumeurs de descentes musclées chez un leader politique
comme Cellou Dalein Diallo de l'UFDG? L'Etat de non droit dénoncé dans l'adresse
à la Nation avait fait subir le même type d'humiliation à Alpha Condé du RPG et
a même été jusqu'à l'emprisonner de longs mois sur la base de fausses
accusations. L'humiliation, le déni de droit à un leader politique reconnu comme
tel est une humiliation et un déni de droit à des milliers de militants. Cette
remarque est aussi valable pour le citoyen lambda guinéen. Tous doivent être à
l'abri de l'arbitraire. C'est dans le cadre de l'Etat de droit que des millions
de Guinéens se retrouveront pleinement dans les idéaux du CNDD.
Ceux de ma
génération décennale (1936-1946) qui sont presque tous, à présent à la retraite
à l'intérieur ou à l'extérieur de la Guinée et qui ne sont plus à la recherche
de place (comme on dit chez-nous), peuvent se permettre un certain nombre de
remarques ou d'avis sur tel ou tel problèmes guinéens. Ils peuvent le faire en
toute "objectivité" pour les raisons que je viens d'indiquer. Ils peuvent mettre
la nouvelle équipe en garde contre l'environnement guinéen tel qu'il est devenu
car il grouille de personnages interlopes et d'arrivistes de même acabit. Le
sentimentalisme est devenu un autre trait de caractère de notre pays et il
peut constituer un obstacle aux changements annoncés. Un début de ce travers
apparaît dans l'hommage appuyé au Président Lansana Conté disparu pour son
action pour le pays. Si ces actions avaient été aussi positives, le pays
serait-il dans l'état lamentable d'aujourd'hui et le coup d'Etat aurait-il eu
des justifications? Pour la rupture annoncée, les responsables de la débâcle de
l'Etat guinéen ne doivent pas être ménagés bien que personne ne souhaite une
chasse organisée contre leurs familles ou contre des lampistes. Mais ménager les
principaux auteurs de la débâcle guinéenne, c'est à coup sûr reconduire, même
involontairement, les mêmes habitudes.
Enfin, il faudra que
le CNDD veille scrupuleusement à la mise en place d'une équipe gouvernementale
compétente, choisie en tenant compte, certes de la compétence d'abord, mais
aussi des sensibilités régionales sans que cela repose sur des bases
mathématiques. A ce sujet, j'ai déjà dit ailleurs qu'il ne s'agissait pas d'un
partage de gâteau mais de ne pas oublier que nous sommes encore une nation en
formation. C’est, à mon avis, un facteur de construction nationale et donc
d'adhésion au CNDD.
Voilà pour
aujourd'hui, d'autres observations suivront. Inch'Allah!
Bonne et heureuse
année 2009 à toutes et à tous et aussi en souhaitant pour la Guinée le début
d'une ère nouvelle.
Ansoumane
Doré
Dijon,
France
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